Opportunités stratégiques pour la Grèce

La crise à Gaza ne se limite pas à l’échelle israélo-palestinienne. Les futurs historiens pourraient identifier le point de départ des atrocités du Hamas. Toutefois, cette connaissance n’est pas nécessaire pour distinguer les cercles concentriques de la logique géopolitique.

Les Israéliens et les Juifs du monde entier ont revécu les cauchemars d’atrocités nazies étrangement similaires. Bien sûr, la colère et le besoin d’une réponse ont suivi. Les attaques israéliennes contre Gaza, lorsqu’elles sont dûment médiatisées, exaspèrent les populations arabes et musulmanes, dont la pression détermine l’attitude des gouvernements.

Le projet américain d’une « Route de la Soie » alternative est annulé. La nouvelle crise détourne l’attention de l’Ukraine. Il ne fait aucun doute que la Russie et la Chine en sont les grands bénéficiaires.

Le révisionnisme russe a contraint les États-Unis à se tourner vers l’Europe ; ils doivent maintenant affronter un autre front au Moyen-Orient. En d’autres termes, ils ont deux distractions par rapport à leur cible stratégique : la Chine. Après la crise ukrainienne, c’est le deuxième coup dur porté aux intérêts occidentaux, à l’heure où l’Occident est excessivement remis en question.

L’Europe est d’autant plus impliquée qu’elle est limitrophe des deux hotspots. La crise ukrainienne a ramené la géopolitique à l’horizon européen. La crise de Gaza et la montée du terrorisme accroissent le sentiment d’insécurité. Dans le même temps, l’Europe vit une expérience traumatisante de l’ère Trump, lorsque la solidarité euro-atlantique a été remise en question.

Les conditions nécessaires à une réforme européenne globale visant à adapter l’Union européenne aux temps nouveaux, incertains et instables, ont été créées. Le besoin de sécurité est devenu bien plus fort que le besoin de richesse. Les « dividendes de la paix » semblent loin.

Dès lors, après les prochaines élections européennes, se poseront des questions de changement qui concerneront en premier lieu la Grèce. Il est urgent de préparer la stratégie grecque pour influencer et tirer profit des réformes européennes ante portas.

Les Européens commencent à partager le besoin de protection. En raison de l’adhésion de la Turquie à l’OTAN, la Grèce est le seul pays de l’OTAN qui n’est pas couvert par l’alliance en termes de besoins fondamentaux en matière de défense.

Avec l’adhésion de la Grèce à la CEE, Konstantinos Karamanlis a éliminé les menaces qui pesaient sur l’État démocratique. Costas Simitis a évité depuis longtemps le risque de faillite grâce à l’adhésion de la Grèce à l’UEM. Si Kyriakos Mitsotakis fait bon usage des nouvelles tendances européennes, il peut sauver la Grèce de la menace du révisionnisme turc.

Quelles que soient les ouvertures, les menaces turques contre les îles grecques ne doivent pas être oubliées ni sous-estimées. Les dirigeants autoritaires déclarent leurs intentions. Hitler et Poutine avaient annoncé leurs plans agressifs – et les avaient mis en œuvre. Pourquoi exclure Erdogan ?

Le débat sur les réformes européennes à venir a déjà commencé. À l’invitation des vice-ministres des Affaires étrangères de France et d’Allemagne, douze experts ont récemment présenté une étude correspondante. Les objectifs de la réforme proposée sont de renforcer la capacité d’action de l’Union européenne, de préparer l’élargissement et de renforcer l’État de droit.

La proposition visant à étendre la « majorité spéciale » aux domaines de la politique étrangère et de la sécurité commune – ou du moins à la politique de sécurité commune – est particulièrement importante pour la Grèce. Dans ce cas, la frontière de la Grèce deviendra une véritable frontière européenne généralement acceptée.

Les petits pays comme la Grèce ont tendance à résister à l’expansion de la règle de la majorité qualifiée, c’est-à-dire à l’abolition de l’unanimité. Mais aujourd’hui, les conditions géopolitiques l’obligent à s’unir à ses partisans. Les coûts de certaines décisions défavorables sont compensés par la sécurité qui en résulte contre le révisionnisme turc.

Dans un monde incertain et en constante évolution, les Européens commencent à partager le besoin de protection. En raison de l’adhésion de la Turquie à l’OTAN, la Grèce est le seul pays de l’OTAN qui n’est pas couvert par l’alliance en termes de besoins fondamentaux en matière de défense. L’évolution de l’Union européenne vers un organisme de défense suscite de sérieux espoirs, car elle résulte de la détérioration des conditions de sécurité dans le monde et en particulier dans l’espace européen. Les mauvais moments.

* M. Giorgos Prevelakis est professeur émérite de géopolitique à l’Université Sorbonne (Paris 1).

Aglaë Salomon

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